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Quand les neurosciences transforment la classe

January 12, 2018

 

Le conseil scientifique de l’éducation nationale ayant pour président Stanislas Dehaene, spécialiste des neurosciences, a été installé hier.Certains enseignants s’appuient déjà sur les apports de cette discipline pour infléchir leurs pratiques.

Très utilisée en médecine, l’imagerie par résonance magnétique (IRM) est aussi employée depuis une vingtaine d’années, notamment par Stanislas Dehaene (lire les repères), pour analyser le fonctionnement du cerveau dans les processus d’apprentissage. Et c’est en se basant sur les résultats de tels IRM que Pascale Toscani, maître de conférences à l’Université catholique de l’Ouest (UCO), aide les enseignants à faire évoluer leurs pratiques. Le GRENE (Groupe de recherche en neurosciences et éducation), son laboratoire, qui associe des neurobiologistes, des psychologues ou encore des spécialistes des sciences de l’éducation, a noué des partenariats avec une cinquantaine d’établissements, publics comme privés, pour des formations longues et des expérimentations autour des neurosciences.

 

« Nous commençons par déconstruire les idées fausses que professeurs et élèves se font, par exemple, de la mémoire », raconte la chercheuse. Les connaissances s’affinent et les pédagogies évoluent. « Oubliées les listes de mots à apprendre par cœur. Pour bien apprendre, il faut employer immédiatement ce qu’on vient de voir puis le réutiliser à plusieurs reprises dans des contextes différents qui ont du sens », explique Pascale Toscani. « Je consacre beaucoup de temps à chaque notion puis je programme, sur douze semaines, des mises en situation différentes dans lesquelles les élèves mobilisent la nouvelle connaissance », confirme Dominique Avrillon, professeur de maths au collège Saint-Charles, à Angers, qui coopère depuis 2012 avec le GRENE.

« Les neurosciences ont fait évoluer notre regard sur l’enfant », affirme Thierry Loiseau, son directeur. « Désormais, nous avons pleinement conscience de l’influence des émotions, du stress, de la motivation dans le processus d’apprentissage, qui requiert de la bienveillance », reconnaît-il. Depuis cette prise de conscience, les élèves sont autorisés à boire de l’eau en classe « car un cerveau bien hydraté fonctionne mieux ». Certains professeurs interrompent leurs cours pour des exercices d’étirement. Les évaluations surprises ont disparu.

À Longué, toujours en Maine-et-Loire, au collège Saint-Joseph, quatre classes travaillent actuellement, avec le GRENE, sur l’« inhibition cognitive », qui consiste à combattre ses automatismes pour éviter les erreurs. Si on demande aux élèves d’ôter 10 % de 110, beaucoup répondent instinctivement 100. Et il faut les amener à reconsidérer leur réponse, en analysant pourquoi ils se sont trompés. « L’erreur fait partie intégrante du processus d’apprentissage, ce qui nous a d’ailleurs conduits à supprimer les notes », insiste Anthony Belanger. Autre innovation : en 6e, tous les élèves suivent un cours de neurosciences, intitulé NRS, pour « nouveau regard sur soi ». « On y aborde les besoins du cerveau (sommeil, alimentation) et sa plasticité qu’il ne tient qu’à soi d’exploiter. De quoi gagner en confiance ! »

Difficile toutefois de déterminer si les neurosciences dopent les résultats scolaires. « Les évaluations pratiquées par les enseignants sont trop subjectives », répond Pascale Toscani. « Mais le but est atteint lorsque les établissements intègrent les apports des neurosciences au point de modifier l’institution scolaire. Partant du constat que les élèves ne peuvent rester attentifs que 20 minutes, certains proposent un même cours magistral de cette durée à trois classes réunies. Et permettent ensuite aux élèves de s’approprier ce qui vient d’être présenté en travaillant de la manière qui leur convient le mieux : devant un bureau ou assis par terre ; seuls, en silence, ou bien en groupe ou encore avec un enseignant… »

Ailleurs, des expérimentations sont consacrées à une discipline en particulier.« Concernant l’apprentissage de la lecture, le programme PARLER (Parler Apprendre Réfléchir Lire Ensemble pour Réussir, NDLR), nourri des apports des neurosciences et mené avec l’association Agir pour l’école, offre, grâce à une méthode progressive et répétitive, des résultats prometteurs », cite en exemple le ministère.

« En commençant, parallèlement à mon métier de professeur, un diplôme universitaire consacré aux neurosciences, à l’UCO, j’espérais – en vain – trouver une recette toute faite », confie Baptiste Melgarejo, enseignant de l’académie de Nancy-Metz, spécialisé dans les troubles des fonctions cognitives. « Mais abordées avec un esprit critique, les sciences cognitives incitent à interroger et réajuster en permanence nos pratiques. »

Denis Peiron

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